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150 - 125 - 10

Comedia célèbre cette année deux, voire trois jubilés. Il y a 150 ans, les typographes créaient le premier syndicat national. 25 ans plus tard, les employés en librairies s’organisaient à leur tour. Il y a 10 ans enfin, ces deux associations fusionnaient avec l’Union suisse des journalistes et l’Union suisse des lithographes pour former le syndicat des médias comedia.

Nous sommes fiers de l’histoire des deux vénérables organisations qui nous ont précédés. Les ouvriers et ouvrières syndiqués de l’industrie graphique ont longtemps été aux avant-postes du mouvement syndical suisse.
En imposant la semaine de 40 heures à la fin des années 1970, ils ont réussi une percée dans la politique du temps de travail qui sert aujourd’hui encore de référence. Les syndicats de l’industrie graphique ont d’ailleurs été parmi les premiers à reconnaître, dans les années 1970 également, qu’il fallait briser en Suisse le tabou de la grève pour obtenir des améliorations dans les Conventions collectives de travail (CCT), ou du moins pour  mpêcher leur démantèlement. Il a toutefois fallu que le Syndicat du livre et du papier, et avec lui les membres des autres syndicats de l’USS partageant les mêmes convictions, multiplient les grèves  et les conflits sociaux  pendant des années pour imposer la grève comme la meilleure arme des travailleurs, quand ils sont poussés dans leurs derniers retranchements. Désormais il n’y a plus besoin de discuter si l’on a le droit de faire grève, mais de savoir si nous avons les capacités d’organiser une grève quand c’est nécessaire. Et si le droit de grève figure dans la Constitution, ce succès doit beaucoup aux syndicalistes politiquement engagés, comme nous en avons heureusement toujours compté dans nos rangs.

Les employé·e·s libraires alémaniques n’ont certes jamais fait partie de l’avant-garde syndicale. Pourtant ils ont négocié dès 1919 leur première CCT. Et ils ont su la  éfendre jusqu’à aujourd’hui, alors même que les petites entreprises dominent dans la branche. En outre, les employé·e·s libraires ont réussi une mutation qui se fait encore attendre dans beaucoup de syndicats: les femmes ont peu à peu joué un rôle de premier plan dans ce qui était à l’origine un club exclusivement masculin. Une femme a présidé l’association pour la première fois en 1985 et aujourd’hui, 80% des membres du secteur livre et diffusion de médias de comedia sont des femmes. Les libraires montrent ainsi que même dans le secteur des services – où le travail à temps partiel est répandu –, les femmes savent s’engager pour faire valoir leurs intérêts.

Bien entendu, notre syndicat a aussi traversé des heures difficiles au cours de son histoire. L’évolution  technologique des 30 dernières années a laminé l’industrie graphique. Les suppressions massives d’emplois ont affaibli le Syndicat du livre et du papier et l’Union des lithographes. Aujourd’hui encore, le personnel de ce secteur craint pour son emploi. De même, le processus de concentration amorcé à la fin des années 1990 dans le  commerce du livre a eu d’importantes répercussions sur le marché du travail. Pour mémoire, ce sont ces réformes structurelles qui ont amené les organisations devancières de comedia à repenser leur mode de  fonctionnement et à fusionner au 1er janvier 1999. Le processus d’adaptation est pourtant loin d’être terminé. Nous cherchons à conclure de nouvelles alliances pour remporter les futures luttes, qu’elles relèvent de nos branches d’activité du de la politique sociale en général. Mais notre objectif de la fin du 19e siècle n’a pas changé: nous visons des améliorations des conditions de travail et la démocratisation de l’économie.

Danièle Lenzin et Roland Kreuzer, coprésidents